Celle qui nous a fait nous rencontrer – Partie 3

[Cela faisait environ une heure et demie qu’il avait fermé la boutique. Vincent se demanda qui ça pouvait être. Il resta choqué quand il ouvrit et qu’il trouva sur le seuil de la porte Éléonore, en larmes et trempée de la tête aux pieds.]

Bonne lecture !

Il l’emmena rapidement à l’intérieur, au chaud. Il lui donna une chaise, sur laquelle elle s’assit. Vincent essora un minimum la longue robe émeraude, lui prépara un thé à la menthe et prit des serviettes pour l’essuyer afin d’éviter qu’elle attrape froid, si ce n’était pas déjà fait.

Il préféra garder le silence, se souvenant de son erreur, attendant qu’elle parle d’elle-même.

Elle renifla avant de murmurer des remerciements. Il lui fit un sourire encourageant. Elle baissa les yeux avant de prendre la parole doucement. Sa voix était entrecoupée par des petits sanglots.

« – Je suis désolée… Je ne veux pas te dé-déranger… Snif… Je me suis enfuie de la maison… Papa et maman… Ils… Ils arrêtent pas de se disputer…

Vincent resta silencieux, la laissant continuer.

– Depuis un moment… C’est comme ça. Ils n’arrivent plus à se voir sans se prendre la tête… Snif… Au début, ils, snif, s’ignoraient.. Mais maintenant, ils hurlent sans arrêt et qu’importe l’heure ou le lieu ! Ils se disent des horreurs et parfois, ils en viennent mêmes aux mains ! Ils sont en plein divorce…

Sa voix montait et descendait sans arrêt dans les aiguës et dans les graves.

Sont beau visage était inondé de larmes ; le teint pâle comme un linge et les yeux rougis.

A cette vue, le cœur de Vincent se brisa.

– Avant, tout allait plutôt bien ! Mais mon petit frère… Tommy… Il… Snif…

On était tous à la plage.. Lorsque c’est arrivé.. Je jouais dans l’eau, – j’adorai ça – maman se mettait de la crème solaire et papa.. Lui, il était au téléphone pour le travail. On ne faisait pas attention à Tommy. Il en avait marre d’attendre que ma mère s’occupe de lui… Il s’est mis à courir… Sur la route… La voiture n’a pas eu le temps d’agir… Elle l’a percuté de plein fouet !

Éléonore éclata en sanglots. Vincent la prit dans ses bras, essayant en vain de la réconforter.

Elle se reprit après plusieurs minutes. Vincent ne voulait pas qu’elle se sente obligée de parler de ce drame. Mais la fillette, lui fit comprendre qu’elle en avait besoin.

– Mes parents étaient effondrés. Ils pleuraient beaucoup et ne se parlaient plus vraiment. Souffrants seuls et en silence. C’est d’ailleurs, peut-être pour cela qu’ils en sont arrivés là… J’étais aussi triste mais… J’étais jeune et ne comprenais pas tout. Alors j’ai essayée de leur rendre leurs sourires. Je faisais de mon mieux. Je travaillais dur ! Mais la situation ne s’améliorait pas ! Bien au contraire… Ils ont commencé à se rejeter la faute. Les disputes se sont multipliées pour devenir un quotidien. Au point que je suis devenue invisible. Je vais et rentre seule de l’école, me prépare les repas, fait mon linge… J’essaye de ne pas envenimer la situation… Mais c’est douloureux d’assister à l’effondrement de sa propre famille ! On dirait qu’ils ont oublié mon existence ! Que je sois là ou pas, ça ne change pas pour eux ! Je pourrais disparaître qu’ils ne le remarqueraient même pas !

Sur la fin, elle s’était mise à crier, mêlant colère et tristesse mal contenue.

– Je ne veux pas de ça ! Je veux mes parents ! Mes parents d’avant ; ceux qui m’aimaient, me bordaient, ceux… Ceux qui me voyaient..

Le silence prit place aux cris désespérés. Éléonore s’endormit contre lui. Vincent la serra dans ses bras, les larmes aux yeux. Il pouvait comprendre la souffrance causée par la perte d’un enfant mais pas au point de faire souffrir celui qui reste. Au contraire..

Tout ça à cause d’adultes… De foutus parents ignorant la souffrance infligée à leur enfant ! Encore !

Il serra les dents de colère, le regard orageux.

Il posa l’enfant au sol, la cala correctement, et la recouvrit de son manteau.

Vincent appela Gilbert, lui demandant l’adresse ou le numéro de téléphone des parents de l’ange endormi. Il résuma la situation, et Gilbert lui rendit rapidement service, comme toujours.

Ayant le numéro, Vincent le composa et décrocha. Après une courte attente, le père d’Éléonore répondit. Le brun, en colère et peiné pour l’enfant au sommeil lourd, ne retint pas ses mots. La conversation fut pimentée. Mais les voix ne s’élevèrent pas. Vincent avait été clair en expliquant la situation, et avait demandé de manière plus ou moins vulgaire d’agir pour que cela ne se reproduise pas.

Les parents, d’une quarantaine d’années, arrivèrent une vingtaine de minutes après l’appel téléphonique. Ils avaient l’air gênés et honteux de se faire gronder et réveiller par plus jeune qu’eux et surtout par un étranger.

Ils s’excusèrent et le remercièrent avant de prendre Éléonore et de la ramener chez eux. Vincent espéra que la situation s’arrangerait.

Assis seul, au milieu de la pièce, il repensa à son passé, à son inutilité face à la détresse de celui qu’il aimait et qu’il aimerait sans doute jusqu’à la fin de sa vie.

Lorsqu’il rentra chez lui, il prit une douche brûlante, laissant l’eau couler le long de son corps, marquant sa peau de rouge à cause de la forte chaleur de l’eau. Il ignora la douleur.

Sortant de la douche, il prit un caleçon et un tee-shirt noir. Il s’allongea sur son lit, les yeux fixés au plafond il songea à son enfance et à son adolescence.

A suivre…

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